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Patrimoine Culturel

L'église romane d'Ydes-Bourg

12/02/2016

LE PLAN D'ENSEMBLE

L'église d'Ydes est une construction romane du XIIème siècle, de dimensions moyennes, d'élévation réduite et de plan simple comme il est fréquent dans le Cantal. L'édifice primitif est en forme de "cella", avec une nef unique de trois travées. Le choeur prolonge la nef, il est composé d'une travée droite et d'un sanctuaire en hémicycle. La nef et la travée droite du choeur sont couvertes d'une voûte en berceau plein-cintre ; le sanctuaire est couvert d'un cul-de-four. Ni bas-côtés, ni transept par conséquent.

A ce premier bâtiment s'adjoignirent deux chapelles latérales, édifiées de part et d'autre, au ras du choeur, puis, plus tard, au contact de la chapelle de gauche, une sacristie. L'originalité ici réside dans l'existence, en avant de la façade qui porte un clocher à peigne, d'un porche profond qui, par ses dimensions et son ornementation, est unique dans le département.

 

OUVERTURE

  • juillet et août : tous les jours de 14h à 19h, visites libres
  • de septembre à juin inclus : uniquement sur rendez-vous au
    04 71 40 59 81
  • possibilité de tarif préférentiel pour des visites groupées avec l'Exposition d'Art Sacré.

    Contact : 04 71 40 59 81

VISITE EXTERIEURE

L'attention, ici, devrait se fixer sur trois éléments majeurs particulièrement intéressants :
le porche, le chevet et la porte sud.

LE PORCHE
Il est en forme de quadrilatère allongé dans le sens transversal.
Détaillons-le dans ses composantes les plus remarquables.

L'ARCHIVOLTE EXTÉRIEURE

C'est la grande arcature à fleur du mur qui encadre l'ouverture extérieure. Elle est ornée d'un zodiaque aujourd'hui fort incomplet car sa partie haute a été détruite et reconstruite en simples moellons.

Voici l'énumération de ce qui reste de cette partie ornementée de l'église :
 
En passant du côté du midi pour aller vers le nord, nous apercevons :
- un chasseur à cheval, poursuivant trois animaux, où l'on peut reconnaître un lièvre et deux loups, puis vient...
- un chien qui est sur le point d'atteindre un cerf.
Le zodiaque s'ouvre après cette scène de chasse par le Bélier (signe de Mars, l'année ne commençant autrefois qu'à Pâques), le Taureau (Avril), puis viennent les Gémeaux (Mai) et un animal à six pattes difficile à caractériser mais qui peut être le Cancer ou Ecrevisse.

Nous rencontrons ensuite la lacune que nous avons signalée et qui a été occasionnée par une démolition partielle. Primitivement on devait trouver là, le Lion, la Vierge, la Balance, et le Scorpion, signes de Juillet, Août, Septembre et Octobre. Du côté Nord nous trouvons en descendant le Sagittaire, le Capricorne, signes de Novembre et de Décembre, et enfin le Verseau et les Poissons, représentant Janvier et Février. Après ces signes des douze mois, se voient d'autres figures ajoutées, comme du côté du Midi. C'est une femme qui regarde un renard poursuivant un coq, et un enfant accroupi retenant un ours par une espèce de licol.

LES PIÉDROITS NORD ET SUD DU PORCHE

Ils sont ornés de scènes en relief, chaque fois prises dans une double arcature portée par trois colonnettes à chapiteaux décorés.

LA PAROI DE DROITE

Dans la baie de gauche est représenté Daniel dans la fosse aux lions : Daniel y est assis au milieu de 7 fauves (Ecriture, chapitre XI verset 32). Dans la baie de droite, un ange tient par les cheveux le prophète Habacuc qui présente à Daniel, d'une main un pain, de l'autre, dans un vase à anses, le potage qu'il avait preparé pour ses moissonneurs.
Rappelons que Daniel fut jeté deux fois dans la fosse aux lions et en ressortit toujours, par la protection divine, sans aucun mal. La première fois sous Evil Mersdack, il y resta six jours, la seconde sous Darius, il n'y passa qu'une nuit. C'est le premier de ces faits qui est représenté ici.

LA PAROI DE GAUCHE

On voit y figurer, dans une arcature double semblable à la première, une très belle Annonciation. Dans la baie de gauche, l'Archange Gabriel, debout, une petite croix dans la main, apporte à la Vierge le message divin.
Dans la baie de droite, Marie, également debout, les bras ouverts dans l'attitude de la prière et de la soumission, écoute l'ange ; sa main droite est voilée sous un ample manteau, les ailes de l'ange sont très délicatement fouillées, les plis tombent bien et l'attitude des personnages est élégante.
Tout ce travail est d'une facture qui dénote l'extrême fin du XIIème siècle. Selon les règles du symbolisme chrétien, mieux suivies autrefois qu'aujourd'hui, les pîeds de l'Ange sont nus, ceux de la Vierge chaussés par modestie. Ces reliefs ont été moulés, il y a quelques années par des spécialistes des Beaux-Arts pour représenter au Musée du Trocadéro, à Paris, l'Art Roman de la Haute-Auvergne.
Les bases et les chapiteaux des colonnettes encadrant ces deux compositions sont historiés et variés, on y voit des feuillages, des têtes de lions, des têtes humaines.

LE PORTAIL

Il s'ouvre au fond du porche. n'est dominé par une série de voussures, qui reposent, de part et d'autre, sur quatre colonnettes dont les chapiteaux ont disparu. La porte est à deux battants séparés par un trumeau central formé de quatre colonnettes accolées. Chacune des ouvertures de ces deux vantaux est coiffée d'une petite arcature qui échancre le mur tympan. Le mur tympan n'a d'autre décoration qu'une unique tête en ronde-bosse.
Certains pensent qu'il y aurait là l'illustration d'un passage de l'Apocalypse : "Alors les habitants de la terre entendirent une voix puissante qui venait du ciel". Mais la tradition populaire l'interprète tantôt comme un ange invitant les fidèles à entrer, tantôt, et plus fréquemment, comme un démon menaçant. C'est pourquoi elle lui a donné le nom de "Salguebrou" (Sauve-toi,...brrr !) ou encore "Salgabri".
Les deux battants de la porte sont ornés, à l'extérieur, de pentures d'un beau dessin, qui remontent peut-être au XIIème siècle. Leurs extrémités sont forgées et sculptées de têtes humaines et animales. Elles ont beaucoup d'analogies avec la ferronnerie des portes d'églises de cette région.
Au-dessus du porche, à cheval sur le mur de séparation s'élève un clocher à peigne de l'époque primitive (en forme pyramidale). Il est percé de 4 ouïes romanes disposées sur deux étages.
3 cloches sur les 4 sont anciennes, la 4ème que nous devons à la générosité des fidèles de la paroisse et à celle de la commune a été installée et baptisée en 1992, par Monseigneur René Séjourné, évêque de Saint-Flour.
Elle a pour parrain, M. Roger Besse, Sénateur du Cantal et pour marraine, Elise Tissandier, jeune enfant du bourg, âgée à l'époque de 10 ans.

LE CHEVET

Le chevet circulaire est orné de quatre colonnes engagées qui le divisent en cinq panneaux. Admirablement conservé, il peut être considéré, par la variété et la diversité de ses sculptures, comme le plus beau spécimen du roman auvergnat dans le Cantal. On peut y admirer surtout une série de superbes modillons sculptés et un bel ensemble de chapiteaux.

LES MODILLONS

Sous la corniche composée d'un gros boudin, sont inscrits, trois par trois, dans chaque panneau délimité par les colonnes, des modillons qui supportent de petites arcatures en plein cintre. Certains de ces modillons représentent des têtes d'hommes, d'autres des animaux, parmi lesquels un loup et un chien. Toutes les têtes d'hommes sont différentes de coiffure, de pose, de caractère... l'expression de la physionomie est parlante et il semble que l'artiste se soit plu à graver sur la pierre, en les chargeant parfois, les traits des personnages qu'il avait sous les yeux. Ces modillons, d'un effet magistral ne dépareraient pas une cathédrale.

LES CHAPITEAUX

Les quatre colonnes engagées qui compartimentent le chevet sont toutes à chapiteaux décorés. Ils sont alternativement à décor historié puis végétal :
- le premier chapiteau du côté du midi est orné de feuilles d'acanthes imitées de l'antique,
- le second nous montre Samson terrassant et déchirant un lion,
- le troisième n'offre que des feuilles entrelacées,
- le quatrième, du côté du nord, représente David aux prises avec un lion et un ours qui posent une de leurs pattes sur l'épaule du jeune berger, lequel les étouffe en plongeant sa main dans leur gueule.

Les bases des quatre colonnes sont alternativement ornées de rinceaux et d'entrelacs.
Arrêtons-nous un peu aux deux scènes bibliques qui viennent d'être mentionnées, car elles sont importantes pour l'explication qui sera donnée de l'ensemble des sculptures : "Samson, dit la Bible, se rendait un jour à Tharnaxata ; comme il entrait dans les vignes qui entouraient la ville, il aperçut un jeune lion qui venait à lui, terrible et rugissant. Aussitôt, l'Esprit du Seigneur s'empare de lui, il s'élance, terrasse le lion et, sans le concours d'autre arme, il le tue et le déchire comme il aurait fait d'un chevreau (Judith XIV)".
 Ce sujet était fréquemment traité au Moyen-Age. Sur le chapiteau d'Ydes, l'athlète inspiré a terrassé le lion, il le tient sous lui et, de ses fortes mains, lui déchire les mâchoires. Quant au combat du même genre représenté sur le second chapiteau, voici comment David le racontait lui-même à Saül au moment où il demandait à aller combattre seul le géant Goliath : "Lorsque je faisais paître les troupeaux de mon père, s'il arrivait qu'un lion ou un ours vint fondre sur le troupeau et m'enlever un bélier, je courrais après eux, je les frappais de mon bâton, je leur arrachais la proie de la gueule. S'ils se tournaient contre moi je les prenais par le menton et je les tuais en les suffocant. Moi, votre serviteur, tel que vous me voyez, j'ai tué un lion et un ours". Il est probable que David veut parler de deux combats différents, mais l'artiste, n'ayant pour les représenter qu'un espace fort restreint, les a réunis ici.
Entre les quatre colonnes que nous venons de décrire, sont percées trois fenêtres romanes en plein cintre. Chacune d'elles est ornée de colonnettes à l'extérieur. Un cordon en torsade fait le tour du chevet, s'arrondissant au-dessus des fenêtres et contournant les colonnes. L'archivolte, les colonnettes et les chapiteaux sont en trachyte.

LA PORTE SUD

Du côté du midi, une petite porte du XVème, faisait autrefois communiquer le cimetière avec l'église.

Elle est ornée, dans le tympap, d'une figure de saint-Georges (patron de l'église) terrassant le dragon qu'une jeune fille tient enchaîné.

VISITE INTERIEURE

Elle présente moins d'intérêt que celle de l'extérieur, dans la mesure ou elle est sans doute plus classique. La nef, à trois travées, après un effondrement de ses voûtes en 1680, a été recouverte sans doute à l'identique. L'avant-choeur, lui aussi voûté en berceau, de même hauteur que la nef, est séparé de cette dernière par un arc triomphal en plein cintre. Il est éclairé par deux baies.

Les chapelles : la chapelle Notre-Dame, à droite, présente un certain intérêt.  Elle fut adjointe à l'édifice au milieu du XVème siècle. La baie qui l'éclaire est de style gothique flamboyant très pur. La chapelle Saint-Joseph, par contre, qui est à gauche, est sans date, sans style et sans goût. Elle a été dotée d'une baie flamboyante, imitation XVème siècle. L'abside enfin, dont la couverture est en cul-de-four, est de 0,50 m plus basse que le choeur et la nef. C'est un ensemble composé d 'un appareillage de pierre remarquable. Cette abside possède trois petites fenêtres fortement ébrasées et à gradins au dessus d'un mur bahut. Mais ni les bases ni les chapiteaux ne sont ornementés. Il semblerait en effet que dans cette église l'on ait négligé la sculpture intérieure pour tout réserver à l'extérieur. Dans l'église d 'Ydes ont été ensevelis des Commandeurs des Ordres du Temple et de Malte et des membres des familles de Chabannes et du Châtelet. La chapelle Notre-Dame était la chapelle seigneuriale et sa dalle funéraire se voit encore devant l'autel de la Vierge. La présence des armes des Templiers, épée et baudrier, n'a jamais été signalée dans l'église d'Ydes ; mais au début du XIXème siècle, de Ribier du Châtelet y a encore vu les lys des Bourbons, le lion d'hermine des Chabannes et le chien brochant de la Maison d'Ydes.


Au fond de l'église, à l'angle nord, existe encore une dalle funéraire aux armes de la Maison de France, avec brisure et sépulture d'un prélat non identifié. A la fin du XIXème siècle, l'église d'Ydes a été restaurée et classée monument historique. Le choeur, l'abside, la nef et le porche ont été remis en état. Au-dessus de l'arc doubleau séparant l'abside de la travée droite du choeur a été enlevé un galbe à rampants et à clocheton. Un prélat originaire d 'Ydes, Monseigneur Brun, apporta à cette occasion une importante contribution financière à l'opération évaluée à plus de 25.000 Francs (or).
Puis, le monument devenu propriété communale a reçu un second bain de jouvence. En effet, en 1992, des travaux importants furent entrepris : réfection de la toiture, assainissement du pourtour de l'édifice mais aussi une illumination très sophistiquée réalisée sur des plans du Cabinet d'Ingénierie Lyonnais "Architecte Lumière ".

LE MOBILIER NÉO-ROMAN 1893

Lors de la visite de l'église, on remarquera par ailleurs un mobilier de très bonne facture, néo-roman, le maître-autel, les stalles, la sainte table, la chaire, les confessionnaux, le baptistère, le chemin de croix. M. Ribes, sculpteur de l'époque, à Mauriac, en est l'artisan.
Le maître autel comporte en son centre un Christ assis bénissant, de part et d'autre les quatre évangélistes ; surmontant le retable et, à chacune de ses extrémités, deux anges en ronde bosse.
Les stalles du choeur au nombre de quatorze sont richement sculptées. Leur dossier représente les mois et leurs travaux, le sacrifice d'Abraham et le jeune Tobie accompagné de l'ange rendant la vue à son père. Chaque siège possède une miséricorde.
Le corps de la chaire : comporte une frise à arcatures et modillons rappelant la décoration de l'abside. Quatre panneaux séparés par des colonnettes portent en bas relief, quatre apôtres. Au bas de la chaire et le long de son escalier, une frise reproduit la tentation d'Eve, des animaux et des monstres.
Le Baptistère : Bas-relief représentant le baptême du Christ. (à droite, en rentrant).

Extrait de "Ydes au fil des siècles" - D.Marion - 1994